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lundi 7 décembre 2015

La véritable histoire du Père Noël




C'est dans une contrée lointaine de l'Empire romain, il y a plus de 1700 ans, que naquit celui qui allait devenir le bienfaiteur de tous les enfants. Baptisé Nikolaos par ses parents qui parlaient le grec, le garçon grandit et devint l'une des principales lumières de son temps. Prononcé différemment selon les pays, son nom est partout synonyme de bonté, de générosité ; les enfants du monde entier lui portent un amour particulier, car Saint Nicolas, Nikkita, Nikklaus, Klaes, Klaus, Santa Claus, alias le Père Noël est leur champion officiel et reconnu. Certains d'entre vous aimeront sans doute en apprendre un peu plus sur celui qui, une fois par an, joue un rôle important dans votre vie, et comprendre pourquoi il est devenu le protecteur des enfants.

Dans ce IIIème siècle de notre ère, l'Empire romain n'était plus que l'ombre de ce qu'il avait été à partir du règne d'Auguste et de la pax romana ; le monde dans lequel naquit le jeune Nikolaos était instable et violent, plein de dangers, d'insécurité politique et de désordre social ; il y régnait la guerre, la famine et la persécution. Partout la religion était une force vivante, les différents cultes exotiques importés par Rome, jugés inoffensifs, fleurissaient. Ils contribuaient en réalité à l'érosion de l'unité culturelle et accéléraient le processus de désintégration interne de l'Empire. Parallèlement, bien qu'elle fut interdite, parce qu'elle remettait en cause l'ordre social, se développait la nouvelle religion révélée par Josuah de Nazareth et les persécutions, loin de stopper le mouvement chrétien, l'encourageaient au contraire: plus mouraient de martyres, plus étaient nombreux les nouveaux adeptes.

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L'Asie mineure avait été l'une des premières régions à recevoir le message chrétien. L'apôtre Paul la visita plusieurs fois - c'est là qu'il adressa quelques-unes de ses épîtres les plus célèbres - et l'une des provinces ou il attira le plus grand nombre de disciples fut la Lycie, située au sud-ouest de la péninsule qui forme l'actuelle Turquie.

La jeunesse de Nikolaos

C'est à Patara, dans une de ces villes fatiguées par la guerre que naquit Nikolaos. A l'époque de sa prospérité, cette ville gréco-romaine avait été célèbre dans tout l'ancien monde pour son temple d'Apollon. Puis au milieu du IIIéme siècle, sa fortune avait décliné et la plupart de ses habitants survivaient difficilement. Les parents de Nikolaos étaient tous deux des disciples du Christ et, bien que riches, vivaient dans une rigoureuse simplicité, jeûnant deux fois par semaine, ignorant le luxe et aidant ceux qui étaient dans le besoin. Sans doute souffrirent-ils des persécutions d'Aurélien qui durèrent de 270 à 275 et firent périr de nombreux chrétiens.
On ne connaît pas la date exacte de la naissance de Nikolaos, mais il est certain qu'il vécut sa petite enfance dans une atmosphère de crise et de danger, ce qui marqua probablement sa personnalité. Ses parents l'élevèrent selon les principes qui guidaient leur vie, lui inculquant l'altruisme et l'ascétisme. Il passait ses loisirs à lire les écritures saintes. Comme sa langue maternelle était le grec, il pouvait lire tous les traités écrits par les premiers pères de l'Église et correspondre avec de nombreux théologiens.

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Plus remarquable encore, était l'amour profond qu'il portait aux hommes. On dit qu'il parcourait les rues de la ville en distribuant de l'argent à tous les mendiants qu'il rencontrait et qu'il pleurait souvent à la vue d'une telle misère. Très tôt, sa compassion le conduisit à donner à ceux qui étaient dans le besoin avec la plus grande discrétion, mais on finit par savoir qu'il était l'auteur de ces dons anonymes et cela se répandit dans toute la ville. Aussi, pour échapper à cette notoriété qui l'embarrassait, il décida de quitter Patara et se retira dans une communauté de religieux, dans le village voisin de Sion. C'est là, pendant ces années d'étude, de prière et de méditation, que sa personnalité se cristallisa et mûrit.

Comme le faisaient un certain nombre de jeunes et ardents chrétiens à cette époque, son intention était de passer le reste de sa vie en mortification volontaire, mais son oncle, qui dirigeait la communauté de Sion, l'en dissuada. Pour survivre et croître, l'Église avait besoin de jeunes gens capables et Nikolaos fut ordonné prêtre.



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 Constantin

Le 23 février 303 commença dans tout l'Empire une nouvelle persécution qui devait durer 10 ans. Son oncle fut exécuté et Nikolaos devint le pasteur officiel de la communauté de Sion. Puis les vents de la providence tournèrent et, sous l'égide du nouvel empereur Constantin - qui vit en elle un instrument de paix -, la chrétienté se releva et prospéra: Constantin mit fin aux persécutions en 313 et par l'Édit de Milan força le co-empereur d'orient ; Licinius, à faire de même ; les chrétiens purent à nouveau pratiquer librement leur foi et reconstruire leur Eglise. Pour remplacer les nombreux prêtres et évêques disparus pendant les années noires, l'une des principales tâches fut d'établir un nouveau clergé. L'évêque de Myre était mort et il fallait lui trouver un remplaçant. La population chrétienne pria pour que Dieu désignât le meilleur candidat: un rêve ordonna à un prêtre de se placer très tôt à l'entrée de l'église et d'arrêter le premier homme qui se présenterait, car cet homme serait celui choisi. C'est ainsi que Nikolaos - il se trouvait à Myre et s'était rendu à l'église pour y prier et méditer dans le silence avant que la ville s'éveille - devint l'évêque de Myre.


L'évèque de Myre : 

La confiance qu'avaient mise en lui les anciens de Myre se révéla amplement justifiée: il réorganisa rapidement les 23 diocèses, guida ses administrés, n'épargna aucun effort pour leur assurer le bien-être spirituel aussi bien que matériel, intervint auprès des autorités pour faire diminuer des impôts trop lourds. Ses biographes sont unanimes à évoquer son pouvoir de persuasion qu'ils attribuent à des forces surnaturelles, mais sans doute y verrait-on aujourd'hui une compréhension profonde de la psyché humaine s'accompagnant d'un charisme né de la compassion, du courage et de la vraie sagesse.

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Toutefois l'évêque de Myre est surtout présenté comme le protecteur des enfants. A cette époque, ces derniers étaient confrontés à de nombreux dangers : d'abord une mortalité infantile importante, mais aussi des crimes dont nous trouvons les échos dans les contes où des enfants sont dévorés par des ogres. Dans les périodes de famine, il n'était pas rare en effet qu'on enlevât de jeunes enfants pour les manger, et ils étaient également les victimes des sacrifices païens. Nikolaos en sauva beaucoup et contribua, par son exemple, à changer l'attitude de ses contemporains vis-à-vis des enfants. On raconte qu'un soir qu'il priait avant de se coucher, il eut soudain la prémonition d'un danger. Il sortit aussitôt de chez lui, entra dans l'auberge voisine, ordonna à l'aubergiste de confesser sur-Ie-champ ses péchers. Celui-ci avoua qu'il avait tué plusieurs enfants, mélangé leur chair à du porc salé et mis la mixture dans de grandes jarres. Nikolaos se précipita à la cave oû il trouva les corps inertes de deux jeunes garçons à qui il ordonna de se réveiller: à l'étonnement de tous, ils ouvrirent les yeux et se levèrent.

 Cette période paisible n'allait pas durer. En 316, irrité par le prestige et l'autorité de Constantin, Licinius décida de lui déclarer la guerre et de conquérir tout l'empire; ses conseillers païens le convainquirent d'interdire tout autre religion. L'un des premiers emprisonnés fut l'évêque de Myre qui fut envoyé en exil. Privé de nourriture, systématiquement soumis à la torture, Nikolaos vécut huit années d'un véritable cauchemar et toute sa vie il garda les marques de ses cicatrices. Les persécutions cessèrent en 323, quand Licinius fut vaincu par Constantin qui devint l'empereur unique de l'Occident et de l'Orient et imposa le christianisme comme religion d'État.

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 Ce fut alors le début d'une ère nouvelle pour l'Église, ère qui allait connaître d'autres types de problèmes. Si pendant les années de persécution les églises chrétiennes avaient présenté un front uni devant l'agresseur, en temps de paix apparurent des différences d'opinion sur certains points de théologie. En 325, afin de formuler une doctrine unique, orthodoxe et universelle pour tous les croyants, Constantin réunit le premier concile à Nicée. Nikolaos prit une part active aux débats qui se concluèrent par le crédo affirmant le Verbe "engendré, non créé", et la divinité du Christ. Pendant le concile, les évêques se mirent d'accord sur le fait que le meilleur moyen de sauvegarder l'orthodoxie dans l'avenir était d'éviter l'isolement, aussi décidèrent-ils de se rendre visite régulièrement. Nikolaos voyagea beaucoup, alla à Constantinople, puis en Italie. Représentant l'église orientale, il resserra les liens avec l'église occidentale. Son troisième et plus long voyage le conduisit en 332 en Terre Sainte pour la consécration de la grandiose basilique du saint sépulcre, sur le Golgotha.

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Il continua à lutter pour la justice, mais à soixante ans passés sa santé s'altéra, ses forces déclinèrent et il mourut le 6 décembre 345, à l'heure exacte qu'il avait prévue. Loin de marquer la fin de sa carrière, la mort de l'évêque Nikolaos répandit au contraire la renommée de ses pouvoirs charismatiques dans toute la chrétienté et les nombreux évêques qui assistèrent à ses funérailles décidèrent aussitôt sa béatification, chose qui était assez courante à cette époque. Le nouveau saint devint rapidement l'objet d'un véritable culte et de nombreux pèlerins vinrent prier sur son tombeau d’où s'échappait un délicieux parfum : au lieu de se décomposer normalement, le corps du saint produisait une huile parfumée qui produisait en effet des miracles.


Le culte de Saint Nicolas

 

En 100 ans, le culte de saint Nicolas se répandit dans toute la Grèce et l'Asie mineure et de nombreuses églises lui furent dédiées - il est encore aujourd'hui le saint patron de la Grèce. Dès le VIIe siècle, il était présent dans toute l'Europe occidentale où des centaines d'églises furent construites en son honneur. Au Xe siècle, les missionnaires byzantins évangélisèrent les peuples slaves. Un lien si étroit se développa entre le saint et les habitants de la Russie qu'il fut élu comme son saint patron ; les tsars, ainsi que leurs sujets, se placèrent sous sa protection. Pendant ce temps, le sud de l'Europe étaient bouleversé par la croissance rapide de l'Islam qui affecta l'équilibre politique et religieux de nombreux territoires et fut indirectement responsable de l'expansion du culte de saint Nicolas encore plus vers l'ouest. Après avoir balayé l'Arabie au VIe siècle, les guerriers musulmans conquérirent l'Afrique du Nord, l'Espagne et la moitié de la France, et prirent le contrôle de tout le Moyen-Orient. Comme bien d'autres centres chrétiens, Myre fit désormais partie de l'Empire musulman.
Les autorités chrétiennes firent naturellement leur possible pour sauver les lieux sacrés et l'empereur Basile le Sage se rendit Iui-même à Myre pour tenter de sortir le tombeau de saint Nicolas de la ville. Mais des circonstances imprévues l'en empêchèrent et il ordonna qu'on enterrât le sarcophage en un lieu secret.

C'étaient là de sages précautions qui réussirent à protéger le tombeau, non tant contre les musulmans qui respectaient les lieux saints, que contre les aventuriers chrétiens qui faisaient le commerce des reliques saintes. Il était inévitable qu'ils finissent par s'intéresser à celles qui attendaient à Myre d'être "sauvées" des Sarrasins. Les Vénitiens furent les premiers à se lancer dans la chasse au trésor, mais ils échouèrent. Le 9 mai 1087, les Normands plus chanceux arrivèrent avec le corps du saint à Bari où ils reçurent un accueil triomphal. Le suzerain normand de Bari ordonna immédiatement que l'on construisit une basilique pour abriter les précieuses reliques. Elle fut consacrée par une cérémonie solennelle à laquelle assistèrent pratiquement tous les membres du clergé occidental et même le pape.

La fête de Saint Nicolas

 

Dans toute l'Europe occidentale, la dévotion à Saint Nicolas s'enracina si profondément que beaucoup d'enfants portèrent son nom et nombreux sont encore aujourd'hui les Nicolas, Nicole, Colette ou Colin. Dans les régions orientales orthodoxes, le saint restait une source de réconfort pour tous ceux qui étaient dans la détresse; dans l'Europe catholique, il devint presque exclusivement le saint patron des enfants: c'est à lui qu'on adressait des prières quand un enfant était malade ou perdu. On célébrait chaque année sa fête le 6 décembre, date de sa mort. Au Moyen-Age, c'était un grand moment dans l'année, marqué par d'exceptionnelles démonstrations de ferveur religieuse; peu à peu cependant, elle devint un événement séculier accompagné de nombreuses réjouissances pour petits et grands, du moins en Occident car dans l'Est elle gardait toute sa solennité.

Tous les anciens rites païens trop profondément enracinés avaient peu à peu été intégrés au calendrier chrétien. C'est ainsi qu'en 350 Jules 1er, évêque de Rome, avait décrété le 25 décembre comme la date officielle de la naissance du Christ, et que le 6 décembre en vint à ouvrir les festivités saturnales qui entouraient le solstice d'hiver dans toutes les traditions anciennes. On avait coutume de donner aux enfants des bonbons, des gâteaux, des noix et des fruits, et saint Nicolas suivit naturellement la coutume, apportant en outre des cadeaux dans la nuit du 5 au 6 décembre, même au plus pauvres. De ses incursions dans les terres germaniques, saint Nicolas ramena l'habitude d'entrer dans les maisons par la cheminée, alors qu'il passait auparavant par la fenêtre. Avant l'introduction du christianisme en Germanie, les longues soirées d'hiver avaient longtemps été égayées par un elfe sympathique appelé Freya qui s'introduisait chez les gens en chevauchant la fumée du foyer.

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Afin de diminuer le prestige de cet esprit hivernal, l'église médiévale lui substitua saint Nicolas qui adopta la même façon d'entrer dans les demeures. Mais ce séjour en terre germanique eut une autre conséquence : il procura à saint Nicolas un moyen de locomotion. La mythologie germanique affirmait que, la nuit du solstice d'hiver, le tout puissant dieu Wotan se promenait dans le ciel sur un étalon blanc appelé Sleipnir, distribuant récompenses et punitions. Quand le christianisme remplaça le panthéon germanique, saint Nicolas devint naturellement le substitut de Wotan dont il adopta à la fois le rôle et la monture.



Plus loin dans les contrées nordiques, la même nuit, le dieu Thor voyageait dans les cieux dans un chariot tiré par deux grands boucs appelés Cracker et Gnasher et Saint Nicolas adopta le mode de locomotion de Thor : le chariot céleste fut simplement transformé en un traîneau, les boucs en rennes, et la nuit du 25 décembre on put voir le saint glisser doucement dans le ciel scandinave étoilé, distribuant ses cadeaux. 




Métamorphose

 

 

Tandis que passaient les siècles, les réjouissances de la Saint-Nicolas prirent tant d'importance qu'on en oublia quelque peu le but originel de la fête. Quelques âmes pieuses continuaient d'assister ce jour là à la messe, mais dès le XIlle siècle la majorité des peuples d'Occident considéraient le 6 décembre comme une fête séculière où l'on faisait ripaille.
Au début du XVIe siècle, avec la Réforme, toutes ces fêtes qui avaient perdu leur essence religieuse furent proscrites par les protestants, en particulier au Nouveau Monde où ils se réfugièrent pour pouvoir exercer librement leur religion. La colonie britannique l'interdit dès 1620, mais celle des Hollandais de New Amsterdam - plus tard New York - continua, tous les 6 décembre, de fêter saint Nicolas sous le nom vernaculaire et familier de sinter Klas. Nanti d'un nouveau nom et d'un nouveau costume - il avait abandonné ses amples et longs vêtements pour le costume des colons hollandais - saint Nicolas était en passe de devenir citoyen américain.
Après la guerre d'indépendance, de nombreux immigrants arrivèrent aux Etats-Unis, parmi eux des Scandinaves qui apportèrent quelques variations : saint Nicolas acquit le véhicule qu'il avait depuis longtemps en Norvège et en Suède, un traîneau tiré par deux rennes, et son costume hollandais prit la couleur rouge, comme celui des petits elfes qui chaque hiver apportaient traditionnellement le bonheur dans les foyers scandinaves. C'est en 1822 que la métamorphose de saint Nicolas fut achevée et qu'il se mit à distribuer ses cadeaux pendant la nuit de Noël. Dès 1875, cette tradition s'était répandue dans tous les États-Unis - Sinter Klas s'était anglicisé pour devenir Santa Claus. De là, elle s'exporta vers la Grande-Bretagne, les pays du Commonwealth, l'Europe et les pays du monde entier.



En France, une figure semblable devint très populaire à la fin du xrxe siècle. Dans notre pays, où l'Église et l'État étaient séparés et où la moitié de la population était anticléricale, les Républicains furent heureux de trouver un substitut à l'enfant Jésus porteur de cadeaux pour les enfants, et le nom de "Père Noël" parut satisfaire tout le monde. Ce nom de "Noël", qui désigne officiellement la naissance du Christ, est cependant d'origine païenne: en norvégien, "No Wei" signifie "nouvelle naissance" et fait clairement référence à la renaissance du soleil. Après la première guerre mondiale, le Père Noël adopta le costume écarlate de Santa Claus et, en dépit de ses origines ambiguës, on le considère tout à fait comme l'héritier de saint Nicolas.

Alors, Joyeux Noël !

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